lundi 21 avril 2014

POINT DU MARI !?

Le "Point du mari" désigne le fait de recoudre plus que nécessaire le vagin après une épisiotomie, lors d'un accouchement, pour l'agrément sexuel du conjoint. Seulement, l'avis de la femme compte peu et ça peut devenir très douloureux. Cette pratique consiste en la pose d’un point supplémentaire pour resserrer le vagin d’une femme après une épisiotomie, dans le but d’augmenter le plaisir sexuel de son/ses futur(s) partenaire(s).

OBSTETRIQUE - Céline V., sage-femme en région parisienne depuis huit ans, réagit à la publication de notre article sur le «point du mari»… En tant que sage-femme hospitalière, Céline V. n’a pas compris le déni de certains gynécologues obstétricien interrogés par 20 Minutes dans un article sur le «point du mari». Cette pratique consiste en la pose d’un point supplémentaire pour resserrer le vagin d’une femme après une épisiotomie, dans le but d’augmenter le plaisir sexuel de son/ses futur(s) partenaire(s). La semaine dernière, Agnès Ledig, sage-femme et écrivain, avait publié un texte dénonçant cet acte médical méconnu et sur lequel planent encore quelques zones d’ombre. Céline V., administratrice de l’un des principaux forums de discussion de la profession, la rejoint sur plusieurs points. Elle s’en explique.

Cette pratique est-elle connue des sages-femmes? 
«Ce n’est pas courant et quotidien. Quand l’une des sages-femmes de notre forum en a parlé récemment, il y avait des femmes qui, comme moi, en avaient entendu parler. Et d’autres qui sont tombées des nues. Les témoignages ont commencé à arriver. La parole s’est libérée. Une collègue m’a expliqué qu’elle avait prévenu le conseil de l’Ordre car un médecin de son établissement fait cela systématiquement aux patientes. Mais elle est perdue parce qu’elle a l’impression que tout le monde s’en fiche. Les femmes ne racontent pas n’importe quoi. On ne peut pas remettre leur parole en question.»
Les médecins peuvent-ils ne pas savoir? 
«Je comprends que des médecins ne puissent pas être au courant. Dans l’un des endroits où je travaille, les médecins ont beaucoup de respect pour les patients. Ils ne connaissaient pas ou alors ils en avaient entendu parler comme une légende urbaine. Comme d’un truc qui se faisait dans les années 50. Par contre, quand je leur ai expliqué, ils m’ont crue. Ils ont été outrés. Cela dépend beaucoup des lieux où les gens travaillent. Moi en huit ans, je n’ai jamais entendu un médecin proposer cela à une patiente.»
Le consentement des patientes est-il vérifié? 
«J’ai travaillé dans une dizaine de structures en huit ans. La notion de consentement sur l’épisiotomie est quasiment nulle. C’est une interrogation qu’on doit avoir en tant que professionnels. On a toujours deux minutes pour expliquer quelles seront les conséquences de ce geste médical (l’épisiotomie). Maintenant, les femmes peuvent choisir. Même si c’est en plein accouchement. Si elles refusent, elles en assumeront peut-être les conséquences. Pour autant, je n’ai jamais entendu un gynécologue ou une sage-femme demander: "Est-ce que vous êtes d’accord?"»
Envisagent-elles une action? 
«Alerter le public, c’est déjà bien. Il faut faire attention de ne pas faire peur. L’hôpital, ce n’est pas l’enfer. C’est important que les couples, les maris soient au courant. Si on leur propose, il faut qu’ils sachent que ça peut avoir des conséquences délétères pour la femme et donc pour leur couple. Il va falloir qu’on en reparle avec les gynécologues pour qu’ils ne démentent pas ce que nous dénonçons. On doit jouer ensemble. On va voir avec des collèges de gynécologues et de sages-femmes. Et pourquoi pas le Conseil de l’Ordre des sages-femmes et des médecins. On doit recueillir un maximum de témoignages pour produire un document à visée scientifique. Les internes en gynéco et les étudiants sages-femme doivent apprendre ça au cours de leur formation.»
Qu’en est-il de la relation sages-femmes-médecins? 
«Avec le mouvement de grève des sages-femmes, énormément de tensions ont été exacerbées. Des articles ont été extrêmement injurieux. Il y a eu des dépôts de plainte. Le corporatisme est très prégnant. On en a un peu gros sur la patate. Dès qu’on dit quelque chose, c’est perçu comme étant contre les médecins. Les gynécologues ne sont pas les seuls spécialistes du périnée de la femme. Nous suturons aussi des périnées. Ce qui choque les gynécologues, c’est quand même la pratique en soi. Ce n’est pas le fait qu’on la dénonce. Mais sur ce type de pratiques comme sur d’autres, il y a un corporatisme qui fait que les médecins ont du mal à entendre un message qui ne vient pas d’eux-mêmes.»


"Point du mari" : quand un syndicat de gynécologues fait preuve d'une misogynie effrontée


Nous avons pu lire avec effroi les propos de Jean Marty dans un article publié hier dans le monde.fr à propos du "point du mari". Interrogé en sa qualité de président du Syndicat des gynécologues-obstétriciens de France, Jean Marty, a tenu dans ce journal des propos emblématiques de la plus pure misogynie et d’un refus minutieux d'entrer en empathie avec les femmes. Ses propos nous alarment sur ce syndicat : si cet homme prétend défendre les intérêts de sa profession, on tremble en pensant combien ils pourraient être opposés à ceux des patientes.

Point du mari : une mutilation

Mal nommée, le "point du mari" est une mutilation sexuelle visant à rétrécir les sexes des femmes au moment de la suture de l'épisiotomie (section du périnée au moment de l'accouchement censée prévenir des risques de déchirures plus graves).

Le "point du mari" viserait à donner plus de plaisir aux hommes lors de la pénétration, rendant le coït douloureux pour les femmes. Cette pratique, taboue, a été récemment révélée par la multiplication detémoignages sur Internet.

Les femmes seraient des menteuses et les médecins des artistes

Décryptons les propos du docteur Marty. Niant tout d’abord que les pratiques dites du "point du mari" puissent exister, il rejette les témoignages qui pourtant fleurissent sur la toile et rétorque "c'est dans la tête des femmes". Pour lui, la parole des femmes ne compte donc pas, il ne peut y avoir que fantasmes, inventions et délires dans la tête d’une femme.

Ce commentaire fait froid dans le dos quand on sait que son métier impose bien évidemment d’écouter et de prendre en compte la parole des femmes qui entrent dans son cabinet.

Il ne s'agirait donc que de dérives de l'imagination féminine ? Lui-même se contredit juste après:

"La chirurgie est du domaine de l'art, on peut penser que certains médecins ont eu l'idée qu'en modifiant un peu leur façon de suturer, ils amélioreraient un peu la sexualité, et ça, ça ne nous choque pas."

Il reconnaît ainsi l’existence de ces pratiques qui ne choqueraient pas le Syndicat des gynécologues-obstétriciens, si tant est qu’elles soient décidées unilatéralement par des médecins, divins artistes touchés par la grâce de leur art, créateurs tout puissant d’une bonne sexualité des femmes. Il les défend donc, et fait passer pour un geste artistique ce qui est en fait une mutilation sexuelle.

Une mutilation d’autant plus grave qu’elle est commise par des médecins, abusant de leur fonction et de leur autorité, sans en informer les patientes.

Un mur de rejet, d'intolérance, d'imcompréhension

Et notre bon vieux gynéco ne s’arrête pas là dans le woman bashing. Il proclame ainsi, du haut de son autorité doctorale :

"Vous avez aussi des femmes qui sont bien dans la victimologie, qui se retrouvent dans une forme de souffrance parce qu'elles arrivent à susciter l'intérêt."

Ce commentaire est gravissime, et à deux niveaux. Tout d’abord parce que nous vivons dans une société où les violences patriarcales sont massives et massivement impunies, où 75.000 viols sont commis par des hommes tous les ans, et où 10% des femmes agressées osent porter plainte.

Lorsqu’elles s'y résolvent, se heurtent à ces même murs de rejet, d’intolérance, d’incompréhension. Mais les propos de Jean Marty apparaissent d'autant plus graves qu'ils sont tenus par un médecin, président d’un syndicat fier d'annoncer sur sa page Internet "la voix toujours raisonnable du SYNGOF est écoutée".

Ceux-là même qui devraient avoir à cœur de défendre l’intégrité physique des femmes. Ceux-là même qui devraient comprendre et reconnaître les conséquences dévastatrices des violences sexuelles.

Un mépris pour les femmes, leur sexe, leurs sexualités

Et puisque chacune de ses phrases est décidément une perle, l’article clôt son interview sur un magistral "Une sexualité épanouie, ce 'n'est pas un cadeau que la nature donne à tout le monde'".

Un médecin devrait pourtant savoir que la nature n’a rien à voir avec une sexualité épanouie ou non. La nature dote chaque femme d’un organe fabuleux, entièrement dédié au plaisir : le clitoris. Mais ensuite les sexualités des femmes sont souvent dévastées par les violences des hommes : viols, prostitution, mutilations sexuelles… et par une société androcentrée qui ne pense que par et pour le plaisir des hommes. Difficile parfois de se réapproprier du plaisir.

Au-delà des pratiques mutilatrices lors de la suture, l'épisiotomie en elle-même est encore pratiquée parfois de façon abusive c'est-à-dire sans être thérapeutiquement nécessaire aux patientes.

Près d'une femme sur deux (en 2002, 68% de celles qui mettaient au monde leur premier enfant) y serait encore soumise, alors que l'OMS préconiserait 10%, et que le taux d'épisiotomie serait de 6% en Suède...

Il arrive également fréquemment que des médecins - internes, gynécologues - ou des sage-femmes, en découpant et ou en recousant, abîment les sexes des femmes alors que cela peut et doit être évité. Précipitation à cause du démantèlement de l'hôpital public, désinvolture, mauvaise maîtrise des techniques chirurgicales, mépris pour les sexualités des femmes.. ?

L'épisiotomie ne devrait jamais être mutilatoire ou traumatisante, causer des douleurs et gênes pour toute la vie. C'est un sujet encore tabou or les femmes ont le droit de savoir et de décider, et doivent être entendue lorsqu'elles dénoncent ce qu’elles subissent.

Une clarification du SYNGOF et une action de Marisol Touraine s'imposent

Que le président du SYNGOF participe à ce système d'inversion qui consiste à traiter les femmes qui se plaignent de menteuses, et à présenter ceux qui les blessent comme des "artistes", est inadmissible !

Représente-t-il réellement la position du syndicat et de ses membres? Une clarification s'impose. Plus généralement, pour que toute la lumière soit faite sur ces pratiques et préserver la santé des femmes, nous demandons à Marisol Touraine d'agir. Signez notre pétition !

Les publications sur le sujet de l'épisiotomie et du point du mari amènent très rapidement des commentaires et témoignages de la part de nombreuses femmes. Il nous paraît nécessaire de les écouter et de collecter leur parole. Voici un espace pour laisser votre témoignage.


Marisol Touraine: nous voulons une enquête sur le "point du mari"

Pourquoi c'est important


mercredi 16 avril 2014

SALON FÉMININ ... LITTÉRATURE ÉROTIQUE

Secret de fontaine organise le premier Salon féminin Hors série spécial Littérature Érotique à Montpellier le 24 avril. Une soirée complète entre adultes de toutes générations pour parler de plaisirs, de sensualité et de sexualités , avec élégance, simplicité et poésie autour de lectures de textes choisis pour s'ouvrir à l'imaginaire, aux fantasmes et aux mondes érotiques.
Comme un prémisse de notre Salon littéraire ... Délices érotiques et des extraits qui donnent envie ... avec le dernier album de Arthur H. L'Or D'Éros










et comme le cadeau d'une amie partagé , ce texte extrait de son dernier livre ELLE en préparation d'édition sur le site de co-production Bibliocratie 

Extrait inédit - ELLE par Lady Tang

...{ Elle pose sa bouche sur la sienne. Il la mange, goulument, longtemps. Ils se goutent. Parfois, elle attrape un flacon d'huile et le verse sur son torse. Commence à étaler le liquide parfumé avec ses mains, puis avec ses seins. Un premier orgasme la secoue, violent. Un ciel d'orage rempli d'éclairs. Son corps glisse sur le sien en descendant jusqu'à s'empaler sur lui. Elle remue ses hanches, ondule, pour qu'il l'explore, au plus profond d'elle. Elle serre son sexe autour du sien. Il pousse un grognement doux. Elle s'immobilise, attend, jusqu'à ce qu'il recommence à bouger, imprimant des mouvements de va et vient qu'il module, attentif à son plaisir à elle. Parfois, il la fait se déplacer à peine, pour qu'ils se captent dans le miroir. Elle saisit leur image, aperçoit ses fesses, qu'il attrape fermement. Pour s'enfoncer plus encore. Ou alors il la prend par derrière, à genoux, l'assoit sur lui et sourit à leur reflet}...


jeudi 3 avril 2014

HYMNE AU CLITORIS

à la lecture de ce texte , je jubile , j'exalte , je partage :

Lu dans Féminin Bio écrit par Delphine Lhuillier ethnologue de formation. Responsable éditoriale de generation-tao.com, elle a participé à la création du Centre Tao Paris et est également formatrice en Wutao®. Elle est initiatrice du Festival du Féminin®, né en 2012, qui a désormais acquis une dimension internationale.

Hymne au clitoris


Un court texte pour rendre hommage à cette "graine de plaisir" qu'est notre clitoris, qui n'a pour seule fonction que de nous donner du plaisir !

Waouh, oui, je crois que je peux le dire, j’adore mon clitoris ! 

Jusqu’à son nom. Ses douces sonorités. Son "clit" qui sonne comme un "eurêka, j’ai trouvé !". Son "o" qui s’exclame comme un "oh, que c’est bon !", son "ris" qui crisse tout en malice. Je l’aime pour le plaisir qu’il me procure.

Pour sa douceur. Pour son authenticité. Il me décharge de mes tensions et me promène dans la voie lactée.

Longtemps honni, humilié, désavoué. Encore mutilé de par le monde pour ce qu’il représente, une voie de plaisir pour les femmes, et donc une voie d’émancipation et de liberté. Pensez que cet organe, cette "graine de plaisir" comme l’appellent les taoïstes, n’a pour seule fonction que celle de nous donner du plaisir ! Il est totalement déconnecté des fonctions reproductrice et urinaire.

Alors oui, rendons-lui grâce ! Car il nous conduit à l’orgasme, favorise nos relations sexuelles, stimule notre excitation, agit comme lubrifiant, et j’en passe ! Chacun d’entre nous, femmes et hommes confondus, devrions lui élever un autel !

De grandes lèvres et de petites lèvres qui le protègent, un capuchon, tel un prépuce, qui le couronne, je me sens pleine de gratitude envers la chirurgienne Helen O’Connell pour nous en avoir révélé tous les mystères. En 1998, cette Australienne découvre que les opérations faites aux femmes dans la région pelvienne étaient traumatisantes. Elle réalise que c’est par ignorance du profil anatomique du clitoris. Elle commence alors ses études et pallie le manque d’informations à son sujet.

Elle nous révèle que le clitoris est la partie émergée d’un organe qui se prolonge en nous, grand comme un pénis. Qu’il possède huit mille capteurs sensitifs. Natalie Angier, auteure de Femme !, nous précise : "… soit la plus grande concentration de terminaisons nerveuses dans l’organisme. Plus que le bout des doigts, plus que les lèvres, plus que la langue, et deux fois plus que le pénis. "

Ces terminaisons nerveuses directement reliées au cerveau, la stimulation de notre clitoris déclenche dans notre organisme un déferlement d’ocytocine, l’hormone du plaisir. Qu’il soit long, petit ou charnu, dès qu’il est excité, il gonfle, se gorge d’afflux sanguin et redresse sa tête pour nous combler de merveilles. 

Oui, mon clitoris, et tous les clitoris du monde, comment ne pas vous dire que je vous aime.


mardi 18 mars 2014

LE VAGIN ? UN PENIS INVERSÉ ! HISTORIQUE 2

Jusqu’au 18e siècle, la femme n’existe pas. On la considère comme un homme, à une différence près : chez elle le sexe est resté à l’intérieur. C’est d’ailleurs un sexe mâle, mais inversé. Le vagin ? Un pénis à l'envers. 

Dans une étude intitulée L’orgasme au 18e siècle : libération ou asservissement ?, la chercheuse Lydia Vazquez raconte comment la découverte des ovaires a tout bouleversé… pas forcément pour le meilleur.
Ainsi commence le billet d’Agnès Giard dans son excellent blog Les 400 culs en suivant le fil de ce livre, récent dans sa version française.
En effet, depuis l’Antiquité, Aristote, Galien et Hippocrate pensaient, à quelques variantes près, que le vagin était un pénis resté à l’intérieur du ventre de la femme, et incroyablement que ce pénis était creux et pénétrable.
Thomas laqueur, dans La fabrique du sexe (1992 en Français), est le premier a décrypté cet étrange  phénomène autour de la représentation des sexes. Il pense qu’une telle représentation provient de l’androcentrisme : l’homme est la seule vraie référence, la femme ne peut être qu’une variante.
Dans la Bible, quelques milliers d’années auparavant, dans la Genèse, Dieu avait créé l’homme en premier et la femme n’était qu’un produit dérivé ...
Etonnamment, cette représentation androcentrique de la sexuation va générer un autre paradoxe : si la femme est une sorte d’homme, elle émet un sperme ! Galien pense que la procréation nécessite la rencontre du sperme de l’homme et de la femme, que ce mélange des spermes coagule et se transforme en embryon. Puisque l’homme émet son sperme lors de l’orgasme (le mot n’existe pas encore) il faut donc que la femme ait un orgasme pour pouvoir engendrer.
A Rome, la pensée de Galien entrait en conflit avec une autre représentation de la sexualité : l’homme devait être viril, actif dans la sexualité. Dans son livre La fabuleuse histoire du clitoris (2013) Jean-Claude Piquard  écrit : le mot «fellation» n’existait pas chez les Romains, bien que les rapports bucco-génitaux fussent courants, consentis par les femmes de même caste ou imposés aux hommes et aux femmes des castes inférieures. En effet, le terme «fellation» impliquant que la bouche soit active sur le membre viril, il induit une inadmissible passivité de l’organe mâle. Ils utilisaient le terme «irrumation» (irrumare) où seul le phallus (fascinus) est actif.
Difficile de savoir si les romaines avaient réellement droit à l’orgasme, prises entre la virilité active de leur homme et leur devoir de passivité. A moins que le désir d’enfant de l’homme (bien entendu) ne le rendre alors attentif à l’orgasme féminin ...
Que l’Antiquité ait de telles représentations, on peut le comprendre, c’était les balbutiements de la science. Que cette croyance perdure au Moyen-âge est encore possible. Par contre, au début de la Renaissance, la médecine aborde l’anatomie avec des moyens qui préfigure l’anatomie moderne, le papier permettant de transmettre les connaissances. Jean-Claude Piquard écrit :  en 1559, à Padoue, près de Venise, Mateo Renaldo Colombo avait exploré non pas les océans, comme son homonyme un siècle plus tôt, mais les nymphes de la vulve et y avait découvert… le clitoris, y compris dans son long parcours interne.
Mais incroyablement, la croyance des deux semences va durer jusqu’au 18ème siècle. Pourtant, William Harvey, célèbre médecin anglais qui découvrit le principe de la circulation sanguine, écrit en 1651, en s’appuyant sur la reproduction des ovipares : omnia ex ovo (tout sort de l’œuf)! Il fait l’hypothèse qu’il en va de même pour les mammifères donc pour l’Homme (J-C P)
En 1672, De Graaf a été le grand défenseur de la thèse ovuliste. Mais la pensée de Galien et d’Hippocrate reste très présente et pendant près de 200 ans, les deux thèses s’affrontent dans les livres et les colloques médicaux.
Jusqu’à la fin du 19ème siècle, l’orgasme de la femme est toujours considéré comme facteur de fertilité. L’Eglise conseille l’orgasme clitoridien dans le lit conjugal, à des fins natalistes (J-C P)
A la fin du 19 siècle, avec les progrès du microscope, la thèse ovuliste gagne. Dès lors, l’orgasme féminin n’a plus aucun rôle dans la fertilité. Et comme le mouvement nataliste est devenu très fort, le plaisir féminin et surtout le clitoris sont considérés comme inutiles, voire nuisibles à la fertilité.
Après 400 de gloire, le clitoris descend en enfer. Et c’est dans les années 1960 que l’obscurantisme clitoridien sera le plus fort !

Notre histoire sexuelle est vraiment très étonnante !

lundi 3 mars 2014

HISTORIQUE DU CLITORIS

Le clitoris, on n'y connaît rien : d'où vient cet obscurantisme sexuel ?

Clitoris - 1836 Flourens & Deschamp

La connaissance de la sexualité en général et surtout de la sexualité féminine accuse beaucoup de retard par rapport au reste du corps humain. Le phénomène des femmes-fontaines n’est par exemple toujours pas scientifiquement élucidé – c’est scandaleux ! La connaissance du clitoris, quant à elle, est très limitée.
Je pensais qu’il s’agissait d’un manque d’information. Mais je me trompais ! C’est un véritable obscurantisme. Cette connaissance, on l’a perdue. Or, au fur et à mesure que le clitoris a reculé (en disparaissant par exemple de la littérature médicale), les droits des femmes ont fait de même. En 1925, les universités américaines pouvaient se targuer d’avoir atteint une quasi-parité. En 1960, il n’y avait plus que 25% de femmes.
Le clitoris, un inconnu pour 1 collégienne sur 2
Dès l’Antiquité, le clitoris a été reconnu comme l’organe essentiel du plaisir féminin. Au XVIe siècle, les planches d’anatomie décrivaient parfaitement cet organe, y compris son parcours interne. Quant aux textes sur la sexualité du XVIIe, y compris littéraire (cf. "Le rideau levé", de Mirabeau), ils démontraient une grande connaissance de la sexualité féminin et de l’orgasme féminin.
Aujourd’hui, seules 50% des collégiennes de 13-14 ans connaissent l’existence du clitoris, et 16% sa fonction érogène. Au XXe siècle, les femmes, parce que la société a rendu leur sexe sale, sont 80% à ne pas trouver leur clitoris, alors que, de leur côté, tous les hommes ont toujours trouvé leur sexe et ont su se masturber. Le clitoris est pourtant à portée de main.
C’est au milieu du XVIIIe siècle qu’a démarré un obscurantisme sexuel qui allait trouver son apogée dans les années 1960. En 1750, en effet, la masturbation est prohibée. En Allemagne et dans les pays protestants, cette interdiction violente se double d’une répression.
En France, le clitoris pour un usage solitaire n’est pas autorisé. Mais il reste recommandé, y compris par les Églises, au sein du couple. On lui attribuait alors un rôle dans la procréation et la fertilité. L’idée, depuis Hippocrate, c’était que la femme devait avoir un orgasme pour être féconde.
Freud, exciseur psychique
Puis, vers 1880, les scientifiques, après avoir longuement débattu, arrivent à un accord : le clitoris n’a aucun rôle dans le processus de reproduction. À l’origine de ce Big Brother anti-clitoridien, la politique nataliste des États : toutes les pratiques non reproductives devaient être éliminées, comme la masturbation réciproque en couple, qui était utilisée comme un moyen de contraception.
En Allemagne, les jeunes femmes considérées comme des masturbatrices récalcitrantes étaient excisées (20% des opérations avaient une issue fatale). Et comme l’organe était bien connu, on extirpait tout le clitoris, pas seulement le bout charnu.
Ensuite, Freud a joué le rôle d’exciseur psychique. La femme adulte devait délaisser le clitoris et investir le vagin. Il a été le premier à accoler les termes orgasme et vaginal. Et jeter ainsi dans le Danube 400 ans de savoir médical.
Résultat, la sexualité s’est réduite à la reproduction, ou tout du moins à la seule pénétration. À tel point qu’en 1966 la chanson de Gainsbourg "Les Sucettes à l’anis", qui décrit implicitement une fellation, n’a été comprise que par quelques initiés. La censure qui existait à cette époque n’y a vu que du feu, car les paroles n’évoquent pas une pratique pénétrative.
Blocage médical
Aujourd’hui, le clitoris est revenu sur la place publique. La société civile en parle, les médias aussi, notamment les magazines féminins. Le film "Le clitoris, ce cher inconnu" a permis de vulgariser les savoirs autour de cet organe érogène.
Mais dans le dernier congrès de sexologie, les communications sont très centrées sur la pénétration. J’ai même entendu que la sexualité d’un couple s’arrêtait en cas de problèmes érectiles de l’homme. Le clitoris, on n’en parle quasiment pas.
Lorsqu’Odile Buisson a commencé à travailler sur l’anatomie du clitoris in vivo par le biais d’échographies, les portes de la faculté de médecine se sont fermées pour elle. Et, début 2011, quand son livre qui portait uniquement sur le clitoris est paru, le titre "Qui a peur du point G" a été préféré à "Qui a peur du clitoris ?".
Mon livre "La fabuleuse histoire du clitoris", 1ère édition en mai 2012, est la preuve que les choses évoluent. Le clitoris retrouve une visibilité dans la société civile, mais perdure un blocage au niveau médical.
Pourquoi dans un séminaire de sexologie, les 350 femmes sur les 600 participants ne montent-elles pas au créneau pour parler d’autre chose que de la pénétration ?
Propos recueillis par Daphnée Leportois.

Un autre interview  de Valérie Marco du 24 novembre 2013 pour Direct Matin Montpellier


jeudi 30 janvier 2014

ENQUÊTE

En association avec Jean-Claude Piquard , nous réalisons une enquête internationale :
L’orgasme est-il un processus physiologique identifiable ?
La définition actuelle de l’orgasme est : "point culminant de plaisir" , une définition qui fait référence au seul ressenti subjectif. 
Il semble que tous les plaisirs sexuels n’aboutissent pas à un orgasme, comme par exemple le long plaisir vaginal. Cette étude permettra d’avancer dans la compréhension des différents processus des plaisirs sexuels. Certains plaisirs sont sous contrôle parasympathique (système neurovégétatif ralentisseur) comme pour l’homme, avant l’éjaculation, qu’en est-il pour la femme ?

Une meilleure connaissance du processus de l’orgasme sera un apport pour la science. Cela permettra peut-être d’identifier d’autres plaisirs sexuels, différents de l’orgasme et tout aussi importants. Ce nouvel éclairage aura probablement de nombreuses implications dans les thérapies sexuelles.

La consultation de la littérature ne nous éclaire pas vraiment. Hippocrate comparait l’orgasme à une crise d’épilepsie. Puis, à partir de 1550, après que Colombo ait décrit l’anatomie du clitoris et l’ait désigné comme l’organe du plaisir féminin, le terme le plus employé est : "spasme vénérien" , pour l’homme comme pour la femme. Ces expressions évoquent un événement court avec des spasmes.
Le mot orgasme est apparu dans la langue française au début du 19ème siècle, il a surtout été vulgarisé par Freud lorsqu’il a inventé le terme orgasme vaginal (1905).


A partir de 1950, Masters et Johnson étudient les réactions sexuelles humaines. Ils observent dans leur laboratoire 694 couples et près de 10 000 orgasmes. Ils sont les premiers à décrire le processus de l’orgasme masculin et féminin, avec des spasmes pelviens qui peuvent s’étendre à tout le corps. Ces spasmes sont la résultante d’un orage orthosympathique (système neurovégétatif accélérateur) avec les signes physiologiques associés :
- La fréquence respiratoire augmente, passe de 14 respirations par minute au repos à un maximum de 40.

- La tension artérielle, autour de 130 mmHg au repos, augmente brutalement au-dessus de 200.
- La fréquence cardiaque, autour de 65 battements par minute au repos, passe brutalement au-dessus de 130, pouvant atteindre, chez certains sujets, des pics à 180. 
- La peau présente des rougeurs sur le torse, le visage …
- Les pupilles se dilatent.

Récemment, l’imagerie cérébrale permet d’identifier des zones impliquées dans le plaisir sexuel. Mais, en l’absence de définition cohérente de l’orgasme, il est difficile de savoir si ces études scannent le bref orgasme ou d’autres plaisirs sexuels, comme le long plaisir vaginal.

Nous faisons l’hypothèse que le brutal doublement de la fréquence cardiaque est le signe clinique probablement le plus constant et mais aussi le plus facile à objectiver.

Une première collecte informelle d’une vingtaine de résultats corrobore le brusque et court doublement de la fréquence cardiaque, tant, lors de l’orgasme-éjaculation de l’homme que lors de l’orgasme d’origine clitoridienne pour la femme. Nous avons un enregistrement d’un holter cardiaque permettant de voir cette brève accélération cardiaque. Etrangement, le cardiologue l’a identifié comme un bug, il est même resté sceptique aux dires de la patiente, ce qui montre à quel point les travaux de Masters et Johnson sont largement méconnus actuellement.

Afin de confirmer ces résultats, nous souhaitons étendre les mesures à toutes les zones érogènes susceptibles de déclencher un orgasme PLAISIR SEXUEL : l’ensemble du vagin, le point G, le col utérin, l’anus, les mamelons, ...


Comment participer à l'enquête ? 
Appareils de mesure :

Du fait de l’intimité de la survenue de l’orgasme, qu’il s’agisse de pratique solitaire ou partagée , nous vous proposons d’utiliser des systèmes de mesure avec enregistrement de préférence que vous utiliserez de manière autonome :

 - Cardiofréquencemètre de sportif (ceinture thoracique +    bracelet récepteur) premier prix 20 € en lecture instantanée. 
 - Version pour Smartphone (ceinture thoracique + réception sur Smartphone) avec enregistrement, à partir de 30 €. 

Les cardiofréquencesmètres sont déjà nombreux chez les sportifs qui pourront donc participer plus facilement à l’enquête. Pour ceux qui n’en ont pas, vous pouvez en acheter, la dépense est modérée, vous pouvez vous organiser par petit groupes d’amis.  

Nous étudions un partenariat avec un fabricant.



Vous souhaitez participer à l'enquête ?

cliquer ici : inscriptions sur le site   
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