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vendredi 14 octobre 2016

RECTIFIONS ! avec les commentaires d'ODILE FILLOD

En découvrant cet article, tout d'abord : joie ! youpi ! on parle de mon meilleur ami puis vint la lecture et quelle déception de lire autant d'erreurs qui n'ont plus lieu d'être.
Je me permets donc de corriger en rouge selon les connaissances scientifiques disponibles à cette heure. 

J'ajoute le 16 octobre ci dessous les commentaires de Odile Fillod  chercheuse indépendante en sociologie des sciences et spécialiste des questions de sexe/genre. Merci sincèrement pour ces précisions :-)




Comment marche le clitoris, l'organe du plaisir

par Charlotte Tourmente, Médecin, psycho-sexologue et journaliste pour Allodocteurs.fr pour le HuffingtonPost le 12/10/16

Souvent boudé par les hommes, le clitoris a longtemps été ignoré par les chercheurs et les médecins. Depuis une quinzaine d'années, les connaissances progressent sur l'organe du plaisir et plus largement, sur la jouissance féminine. Coup de projecteur sur le clitoris...


Rappelons que le clitoris est connu depuis l’antiquité grecque. Les anatomistes européens l’ont redécouvert au milieu du XVIème siècle en proposant alors de nouvelles descriptions sur la base de leur dissection de cadavres. Charles Estienne à Paris, dans un traité d’anatomie publié en 1545 en latin et 1546 en français, puis Realdo Colombo et Gabriele Fallopio à Padoue, dans leurs traités respectifs de 1559 et 1561. Les premières représentations montrant le gland et les longs piliers datent de 1600 (Casseri 1600), et les bulbes vestibulaires sont dans tous les traités d’anatomie de la seconde moitié du 19ème siècle (Kobelt, 1950).
Puis au 20ème siècle, une grande vague d’obscurantisme sexuel fait disparaitre le clitoris des traités d’anatomie. En 1998, l’urologue australienne Helen O'Connell ose briser l’omerta clitoridienne et remet au grand jour les découvertes précédentes. 

Toutes les femmes ont un clitoris, parfois de taille réduite à quelques millimètres ou plus long, mesurant un centimètre ou plus. Il se compose du gland (l'équivalent du gland du pénis), partiellement recouvert par le prépuce , le capuchon. Mais le "petit bouton" que l'on voit n'est que la partie émergée de l'iceberg et cette découverte date de moins de 10 ans ! 
COMPLETEMENT FAUX ! (l'excision totale du clitoris était pratiquée en Europe , on connaissait donc très bien son anatomie complète) 
Il se prolonge par le corps du clitoris, qui se divise en 2 corps caverneux, nommés les piliers du clitoris. Ceux-ci mesurent 10 cm environ , entre 8 et 12 cm selon les femmes et s'attachent aux ischions  et se gorgent de sang lors de l'excitation sexuelle, exactement comme les corps caverneux du pénis. Autre partie : le bulbe, qui est composé d'un corps spongieux et s'accroche à la partie antérieure du vagin.
Lors de l’excitation sexuelle, l’érection du clitoris concerne essentiellement le corps du clitoris, juste derrière le gland, qui se redresse et le rend plus proéminent, donc plus visible et plus facile à repérer au toucher. Le gland se gorge aussi de sang, il devient plus ferme sans vraiment augmenter de taille. Simultanément, dans les structures profondes, les bulbes vestibulaires gonflent. L’érection du corps du clitoris est très variable : des femmes en ont de faibles, peu repérables, alors que d’autres en ont de très prononcées, avec un gland qui se manifeste en s’érigeant dans la vulve. De plus, chez une même femme, l’érection du clitoris peut varier, en fonction de son excitation mais aussi de nombreux critères comme la fatigue.


Le clitoris, le "nouveau point G" ?
La place primordiale du clitoris dans la jouissance féminine n'est plus à démontrer. Mais l'approfondissement des connaissances anatomiques a permis de mieux comprendre son rôle dans le soi-disant point G (qui n'a aucune réalité anatomique) , cette zone du vagin plus sensible aux stimulations. Il ne s'agit pas d'une zone anatomique délimitée sur le vagin,(l'anatomie du vagin et son innervation n'ont jamais été étudiée) mais d'un complexe formé par la paroi antérieure du vagin, l'urètre et le clitoris interne. Donc quand la pénétration fait jouir, c'est bien souvent par stimulation interne du clitoris. En réalité, tous les sexologues s'accordent sur un point : peu importe le mode de stimulation (qu'il s'agisse du clitoris ou du vagin), c'est le plaisir qui compte....

NON !!! Il est très important en consultation de pouvoir nommer ces plaisirs si différents. Nous parlons de jouissance pour exprimer le long plaisir vaginal ou anal comme des vagues chaudes et profondes irradiant l'ensemble du corps et d'orgasme pour décrire cette sensation si électrique montant jusqu'à l'explosion de la tension sexuelle , faisant doubler le rythme de la fréquence cardiaque et provoquant des spasmes réflexes du périnée , chez beaucoup de femmes une phase réfractaire, une tension forte dans les jambes qui se tendent et ou se serrent. 

L’anatomie du clitoris montre une grande innervation du gland, mais les bulbes vestibulaires et les piliers du clitoris ne sont quasiment pas innervés, donc probablement insensibles. Pourtant, ce concept erroné est repris trop souvent, y compris par des féministes. Je pense qu’il s’agit d’une position idéologique qui tente de survaloriser l’orgasme vaginal, donc de sous-estimer l’orgasme clitoridien. Les bulbes vestibulaires sont des structures très érectiles. Lors de l’excitation, ils se gonflent de sang et sont visibles chez certaines femmes, latéralement, dans la vulve juste à l’entrée du vagin. Ce gonflement n’est jamais mentionné comme zone érogène ! Parfois même, ce gonflement est douloureux.

Un organe aimé des femmes mais négligé par les hommes

Les femmes qui se masturbent le savent bien, elles se font jouir à tous les coups ou presque. En revanche, l'orgasme durant le rapport n'est pas systématique, ce qui en frustrent certaines.

Alors qu'il est le moyen le plus simple pour jouir pour la majorité des femmes, le clitoris est souvent négligé par les hommes durant la pénétration. Par peur de ne pas savoir s'y prendre, ou parce qu'ils préfèrent donner du plaisir avec leur pénis, ils se focalisent sur la pénétration. Or stimuler le clitoris avec le doigt (attention, avec douceur et du lubrifiant ... nous sécrétons un lubrifiant naturel grâce aux glandes de Bartholin : la cyprine ou bien il suffit d'un peu de salive sur le bout du doigt ) ou avec la langue est une façon aisée de donner du plaisir à sa partenaire et de la mettre dans d'excellentes dispositions...(pour la pénétration ?...) 

Si les femmes veulent augmenter le plaisir qu'elles prennent durant la pénétration, à elles de choisir les positions qui leur font le plus d'effet, ou celles qui leur permet de se caresser en même temps. C'est le cas de l'amazone (la femme sur l'homme), ou la cuillère (l'homme derrière la femme, les deux étant allongés sur le côté), ou encore la femme allongée sur l'homme (en frottant son sexe comme bon lui semble).

La première étude sur la distance entre le clitoris et le vagin remonte à 1924 : Marie Bonaparte a étudié, sur un échantillon de plus de 200 femmes, la distance entre le gland clitoridien et le méat urinaire. Elle a trouvé une grande variabilité de résultats, de 1,5 à 3,5cm ! Puis elle a comparé, sur un échantillon plus restreint de 43 femmes, la satisfaction sexuelle et la position du clitoris. Celles qui avaient un orgasme uniquement clitoridien présentaient un clitoris trop éloigné de l’entrée du vagin pour être stimulé par le pénis. Elle en déduisit qu’il y avait une relation entre l’éloignement du clitoris et l’anorgasmie vaginale.

Il est possible d'augmenter la sensibilité du complexe cité ci-dessus, ainsi que le plaisir pris durant le coït, en sensibilisant cette zone progressivement. Des travaux pratiques s'imposent, seule (à l'aide du doigt ou d'un stimulateur de point G, plus efficace) ou à deux (doigt du partenaire réalisant un contact appuyé et prolongé sur le "point G" ou positions sexuelles permettant un appui du pénis sur le complexe, comme dans l'amazone lorsque la femme se penche en arrière. 

Il est incontestable que nous sentons bien une zone aux sensations différentes à l'entrée du vagin, anatomiquement elle correspond à la zone de contact de la prostate féminine (M. Zaviacic 2001)

Attention, il ne s'agit pas d'une course à l'orgasme systématique ! Il s'agit simplement de conseils pratiques et informatifs pour augmenter les connaissances en matière de sexualité et potentiellement améliorer votre vie sexuelle. Mais l'orgasme n'est pas un but en soi et ne doit pas le devenir. C'est le plaisir de faire l'amour avec soi-même et ou son, ou sa, partenaire qui compte...


La parole maintenant à Odile Fillod :

 " Le problème essentiel il me semble, c'est de s'entendre sur les termes. Par exemple, ce que vous appelez le gland du clitoris et dont vous dites qu'il se gorge de sang lors de l'excitation sexuelle ne semble pas correspondre à ce qui est appelé gland dans la littérature scientifique, et qui est justement la seule partie du clitoris qui n'est pas érectile. Cf l'image ci-jointe.
Autre exemple : la notion d'érection du clitoris. En principe, cela désigne l'engorgement des corps caverneux (cc) du clitoris se traduisant par une augmentation du volume et un durcissement (les veines se retrouvant coincées contre la tunique albuginée : c'est comme pour le pénis). En ce sens, le corps du clitoris est érectile mais ses piliers le sont aussi aussi (seul son gland ne l'est pas). Mais vous semblez désigner par "érection" le fait que le clitoris se redresse. Dans ce cas, ça ne peut concerner (le cas échéant) que la partie du clitoris qui se trouve entre son genou et le gland - le reste étant attaché aux os ischion-pubien et ne pouvant pas bouger).

La mention par C. Tourmente de l'engorgement des bulbes lors de l'excitation sexuelle est également correcte. Ci-joint une image issue d'un autre article scientifique assez récent, dans laquelle on voit à gauche un morceau de bulbe (fonctionnant comme les corps caverneux du clitoris sauf qu'il n'y a pas de tunique albuginée autour), et à droite un morceau du muscle bulbo-spongieux qui le recouvre.



Sinon, au sujet de l'innervation du vagin il existe quand même des travaux. Ainsi, Hilliges et al (1995) l'a étudiée au moyen d'un marqueur de présence de cellules nerveuses (le PGP 9.5) sur des échantillons de biopsies du paroi du vagin de 6 femmes. D'après ce marqueur, il y avait : 1) des terminaisons nerveuses libres dans l'épithélium (qui sont en général des nocicepteurs) uniquement au niveau de l'orifice du vagin (ce qui corrobore l'idée commune selon laquelle l'intérieur du vagin est grosso modo insensible) 2) une innervation plus dense de la paroi antérieure du vagin que de la postérieure, et dense surtout dans des zones riches en vaisseaux sanguins (et comme les auteurs le soulignent : "Naturelle, most of the vascular innervation may be of autonomic origin, thus related to blood pressure control and/or vascular permeability.") 3) aucun corpuscule de Pacini, ces récepteurs dont on pense qu'ils jouent un rôle clé dans le plaisir sexuel et qu'on trouve a contrario en abondance dans le clitoris (et pas seulement dans son gland ;))

Et toujours sur l'innervation du vagin, il y a aussi Pauls et al (2006). Ces auteurs ont utilisé un autre marqueur (le S100), sur des biopises de vagins de 21 femmes. Ils n'ont quant à eux trouvé aucune différence significative de la densité d'innervation (ni entre parois postérieure et antérieure, ni selon que la partie proximale ou distale était considérée), notant seulement une tendance du fond du vagin à être un peu moins innervé que ses parois postérieure et antérieure). Par ailleurs, ils n'ont pas trouvé de corrélation entre les nombres de nerfs et les réponses des patientes à un questionnaire sur leur fonctionnement sexuel (excitation, orgasmes, etc). On ne peut tirer de conclusions définitives ni de cette étude, ni de celle de 1995, mais elles donnent néanmoins quelques indications. Je chercherai s'il y en a de plus récentes."

à suivre ... 

jeudi 12 décembre 2013

JE NE RESSENS RIEN ... LOUISE 17 ANS

Contactée par Daisy pour répondre à Louise

sur le blog étudiant "Qu'est que j'en sexe" : 

Je ne ressens rien quand je fais l’amour… C’est normal ?

monsieur_peureuxM
« Je suis avec mon copain depuis 4 ans et je l’aime beaucoup. Nous avons des rapports depuis 3 ans mais le problème c’est que je ne ressens absolument rien. Ce n’est pas désagréable mais le fait que je sois incapable de ressentir quelque chose me pèse et pourrit notre vie amoureuse. Même seule, bien que j’arrive à me donner du plaisir clitoridien, je n’atteins jamais l’orgasme. Est-ce que je suis normale ? »
 Louise, 17 ans

CE QU’ILS EN PENSENT :
Baptiste, 23 ans : « Cela va de soi mais on ne sait jamais : est-ce que tu as bien pris soin de discuter de cette situation avec ton copain ? Quand ça ne fonctionne pas, c’est important de dialoguer et de ne pas rester seule dans ton coin à psychoter… Peut-être qu’en discutant, ça débloquera quelque chose. »
Marie, 21 ans : « Je pense que ce n’est pas une question de normalité… Apprivoiser son corps et sa sexualité prend parfois un peu de temps, à chacun son rythme et ses envies. Une chose est sûre : si tu vis mal la situation, parle avec ton partenaire et change les choses, ne reste pas comme ça. »

L’AVIS DE NOTRE EXPERTE : Marie-Noëlle LANUIT, sexothérapeute et spécialiste du plaisir féminin.
Bonjour Louise,
Votre trouble est partagé par de nombreuses femmes et l’âge n’y change rien. A force le lire dans les magazines et de voir des femmes jouirent facilement dans certains films (systématiquement et de manière très démonstrative), beaucoup se sentent frustrées de ne pas vivre cette extase.
Mais sachons déjà de quoi nous parlons et ne confondons pas orgasme et jouissance : deux extases sexuelles si différentes.
L’ orgasme est une réaction du corps très mécanique. Quand je parle d’orgasme, je parle de cette sensation très électrique, comme aigüe et très furtive (quelques secondes seulement) dont le clitoris est l’unique déclencheur. Rappelons que le clitoris possède 10 000 terminaisons nerveuses. Le plaisir que vous dites ressentir quand vous jouez seule en caressant votre bouton de rose est certainement un orgasme. La stimulation du clitoris entraîne une série de contractions rapides des muscles du périnée et des organes génitaux ; ces contractions peuvent être très subtiles, presque imperceptibles. Tout cela s’accompagne également d’un changement du rythme cardiaque. Effectivement ça n’a rien à voir avec les longues minutes de râles cinématographiques…
La jouissance est très différente, c’est une sensation plus érotique, plus diffuse et plus sourde, comme une douce vague de chaleur ressentie dans le ventre et parcourant le corps. Elle peut durer plusieurs minutes sans passer par un point culminant de plaisir. Je pense qu’elle s’acquière au fil des expériences et surtout lors de rapports sexuels commençant très lentement, à base de caresses, de massages, de communication et de complicité. Elle n’a pas de marqueur physiologique contrairement à l’orgasme. En fait, il y a très peu de terminaisons nerveuses dans le vagin, donc il est tout à fait fréquent que des femmes ne ressentent pas forcément grand chose avec les « va-et-vient » d’un pénis.
Vous êtes au tout début de votre vie sexuelle, alors pour répondre à votre question : oui vous êtes tout à fait normale car, en réalité, il n’y a pas de normes ! Certes, il y a des statistiques mais souvent sur des enquêtes peu fiables, où les résultats aiment se calquer sur des représentations fausses.
L’art du plaisir sexuel est un long apprentissage qui passe avant tout par la découverte et la connaissance de son corps, par son érotisation et il n’y a pas de cours pour ça.
C’est à chacun d’entre nous de trouver notre chemin, et quel merveilleux voyage…

LE BON AVIS TRENDY :
Encore une fois, il n’est pas question d’être normale ou anormale… Concentre-toi d’abord sur tes désirs sans chercher à te comparer aux autres. Tu dis que tu ne ressens rien mais que ce n’est pas désagréable : tu ressens donc bien quelque chose ! Tu dis même que tu parviens à te donner du plaisir mais pas à atteindre l’orgasme… Et alors ? Atteindre l’orgasme n’est pas une fin en soi ! Evidemment, à force d’en entendre parler, ça donne envie de passer par là. Mais inutile d’en faire une quête absolue. Tu prends le risque d’être déçue à tous les coups. Commence par faire le plein de sensations, avec un peu de chance (et d’expérience), peut-être que tu toucheras le graal du bout des doigts… 
EN BREF : « Le Graal est polymorphe, chacun porte en soi son Graal tel qu’il l’imagine et le cultive. » J.C. Payen, 1981
Daisy

mercredi 17 juillet 2013

Voilà toute ma motivation : participer à l'épanouissement des femmes de ce siècle , qu'elles soient libres et autonomes dans leur plaisir ...

Un excellent article de David Courbet 
Chroniqueur Sexo pour le Nouvel Observateur Le plus du 15 juillet 2013


Sexe : les hommes ne pensent qu'à ça ? Les femmes aussi, mais la société l'interdit ... :


Une récente étude publiée sur le site du "New York Times" rapporte que les femmes aurait des désirs sexuels plus divers que ceux des hommes. Deuxième facette du constat, il ne leur est pas permis de l'assumer sans être stigmatisées. Pour notre chroniqueur sexo David Courbet, c'est la société entière qui encourage et entretient ce bridage. Et c'en est trop.

Édité par Henri Rouillier  Auteur parrainé par Aude Baron
Couple s'embrassant, photo noir et blanc (SIPA).
Religions, cultures, théorie du confort, la société bride encore le désir des femmes (SIPA).

Tiens tiens, une récente étude explique de nouveau à ceux qui ne veulent toujours pas l’entendre, que les femmes sont des êtres sexuels aux désirs et fantasmes divers. Plus divers que ceux des hommes apparemment. La simple vu d’une scène induisant – ou pouvant induire, consciemment ou inconsciemment – une arrière-pensée à caractère sexuel est beaucoup plus fréquente et variée chez mesdames. Deux singes copulant suffisent à ce que non seulement l’esprit mais tout le corps féminin réponde présent. Les femmes seraient donc "omnivores" selon ces chercheurs.

"Don Juan" vs "pute"

En revanche, pour ne pas trop transgresser la morale, on se rassure : bien qu'"omnivores", elles seraient sexuellement plus contraintes que les hommes. Ce qui les pousserait davantage à être monogames. L’homme, génétiquement guidé pour être attiré par plusieurs cibles se voit pardonner ses transgressions alors que la femme plus difficilement. L’éternelle caricature du mâle conquérant à la Don Juan alors qu’un tel comportement du sexe opposé la voit de suite taxée de "pute".

Mais pourquoi, malgré les multiples études et faits objectifs, certains s’obstinent toujours à croire et faire croire que seuls les hommes ne penseraient au sexe ?

Ces femmes beaucoup plus portées sur la chose qu’on ne le croit auraient d’ailleurs aujourd’hui presque autant de partenaires sexuels au cours de leur vie que les hommes, selon une étude américaine de 2003. Et attention, il se pourrait même que, par le passé, elles aient eu davantage d'appétit pour le sexe que les hommes.

George Sand, Lady Chatterley, vous êtes parmi nous

Il serait temps de sortir de cet essentialisme basique selon lequel, la femme douce, naïve et innocente par nature ne pourrait pas avoir les mêmes traits que son homologue masculin. L’homme est un prédateur sexuel dans l’âme, pas la femme.

Quoi, il existerait entre 2% à 10% de femmes pédophiles ? Pas possible, les femmes ne peuvent pas avoir des comportements typiquement reconnus comme masculins ! Car oui, "la société a du mal à considérer les hommes comme victimes. Cela va contre l'idée de virilité, surtout si l'agresseur est une femme", déplore Jean-Raphaël Bourge, qui a notamment travaillé sur cet aspect trop méconnu de la violence pédophile au féminin.

Pourquoi est-il toujours aussi difficile aujourd’hui pour une femme, plus de deux siècles après la Déclaration des droits de la femme d’Olympe de Gouges, 70 ans après le droit de vote universel et plus de 45 ans après la légalisation de la pilule, d’avoir une sexualité débridée, libérée de tout carcan moral ?

Il a bien existé des femmes à homme à travers l’histoire, mais pourquoi pas plus de Ninon de Lenclos, d’Aurore Dupin (alias George Sand), de Marquise de Merteuil, de Manon Lescaut ou de Lady Chatterley ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de Suzanne qui sortent de leur cachette ?


L'obscurantisme religieux

Le socio-culturel, encore et toujours. Selon l’historienne Nancy Cott, le changement de paradigme pourrait s'expliquer avec l’apparition de la rigueur protestante.

"Les pasteurs protestants, dont les congrégations, majoritairement composées d'un nombre croissant de femmes blanches de la classe moyenne, ont probablement vu la sagesse dans la représentation de leurs fidèles (féminines) comme des êtres moraux particulièrement disposés à répondre à l'appel de la religion, plutôt que comme des séductrices souillées au sort scellé dans le jardin d'Eden".

En gros, la fidèle devait plutôt l’être également dans sa vie privée pour mieux se consacrer à sa foi.

Dans une société régie davantage par la religion et ses préceptes que par la science et la connaissance, le plus fort gagne et fait sa loi. En l'occurence le sexe fort :

"La vision négative de la sexualité ou du désir féminin est donc parfaitement logique dans l'application de la norme moralo-culturelle contemporaine. Le problème provient donc bien de la norme qui a été établie à un moment où la connaissance scientifique était quasi-inexistante. La norme mérite donc d'être complètement reformatée à l'aune de ces connaissances : la variabilité des expressions du désir, tant masculin que féminin, doit désormais être perçue comme naturelle, et ne faire l'objet d'aucun jugement de valeur" prévient Arthur Vernon, auteur de "La vie, l'amour, le sexe"

Une norme culturelle qui ne tient pas debout

Car qui dit société où l'obscurantisme l'emporte sur le savoir, implique une population peu éduquée. "Ce manque d'informations aboutit au syllogisme suivant : l'Homme est un être supérieur, donc non-animal. L'instinct sexuel est animal. Donc l'Homme ayant un instinct sexuel est un être inférieur", poursuit l'auteur. "Dans les sociétés contemporaines, la culture crée également l'illusion que l'homme a plus de désir sexuel qu'une femme.

Il s'agit d'une norme culturelle, complètement subjective, et absurde au regard des connaissances scientifiques les plus récentes. D'abord, cela n'a pas toujours été le cas, ensuite, cette norme culturelle a une influence déterminante sur le comportement de chacun, plus particulièrement de chacune, et la perception que la société va en avoir".

En application de cette norme, une femme ne peut pas avoir un désir sexuel expansif. Elle passera pour une a-normale : une "salope", "pute", etc.".

Dicter aux femmes ce qu'elles sont censées ressentir

L'auteur de "What do women want ?", Daniel Bergner, confirme que cette chape de plomb est encore et toujours présente au-dessus de ces dames, plus contraintes par l'environnement social et culturel pour décider de leur sexualité. Pourtant, il est avéré que parmi les personnes arrivant à maturité sexuelle après la révolution sexuelle des années 60, ce sont les femmes qui ont davantage changé leur attitude que les hommes. L'évolution reste donc quand même possible.

Bergner rappelle qu'au Moyen Âge, ce désir était contraint par l’idée que "les sorcières ivres de luxure... rendaient les hommes 'lisses', privés de leurs génitoires". Puis ce fut les théories freudiennes au XXe selon lesquelles les femmes auraient "un instinct sexuel plus faible" que les hommes. Ce désir serait aujourd'hui contraint par la psychologie évolutionniste moderne selon laquelle "les femmes sont manipulées par leurs gènes qui les poussent à chercher le confort d’une relation".

"Avec un aplomb scientifique ou inspiré par Dieu, on dicte aux filles et aux femmes ce qu’elles sont censées ressentir", et ce, dans toutes les cultures, rappelle ce très bon article de Slate

Une lente libération

Et Bergner de conclure que "les hommes ont transformé les filles et les femmes en objets ; les filles et les femmes, vivant dans un monde dirigé par les hommes, se sont approprié cette vision masculine et se sont transformées elles-mêmes en objets". La messe est dite.

Cette norme, malgré l'émergence de mouvements féministes libérateurs, se poursuit toujours insinueusement en enfermant socialement et sexuellement la femme. Et rappelant à une femme adultère, par exemple, que c'est pas bien du tout du tout.

"Un homme baise alors que la femme veut faire l'amour". Merci les mag' féminins, plus d'un siècle de combat libérateur pour une avancée... minime. Comme si la femme pouvait être un objet de désir, mais pas l'homme. Ne peut-on pas admettre que l'homme puisse susciter du désir sexuel et que la femme puisse être une consommatrice de sexe au même titre que l'homme ? Une fille devrait pouvoir "tirer son coup", sans craindre l'opprobre, au même titre qu'un mec.

Manque de supports adéquats

Et voilà pourquoi les femmes ont aujourd'hui toujours du mal à assumer leur sexualité. Pas étonnant que les femmes mentent toujours sur le nombre de leurs partenaires par exemple.

"Il y a ce quelque chose d'unique dans la sexualité qui amène les gens à se soucier plus de correspondre aux stéréotypes attachés à leur sexe", rappelle la psychologue Terri Fisher.

Et quand les femmes décident (enfin) de se défaire de cette norme, elles sont rattrapées par le fait qu'elles disposent encore trop peu de supports adéquats pour alimenter leur sexualité. "Il devient à la mode d’embrasser les désirs sexuels des femmes – tant qu’ils s’adaptent bien comme il faut à ceux des hommes", rappelle Amanda Hess. Allez, on continue le combat ?