vendredi 6 février 2015

LE SEXE SANS AMOUR ...


No strings attached
Le sexe, c'est mieux sans amour

Article paru dans le numéro 19 de Vanity Fair France (janvier 2015).

L'amour physique est-il vraiment sans issue ? Face au retour des moralisateurs de tout bord pour qui la sexualité est indissociable de l'amour, le philosophe Ruwen Ogien affirme que la chose est encore meilleure quand les sentiments ne s'en mêlent. Explication de sexe.

Parler d’amour et disséquer philosophiquement l’amour, ce n’est évidemment pas la même chose. Parler d’amour peut servir à le faire naître, à le construire, car, comme le faisait remarquer La Rochefoucauld : « Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. » Disséquer philosophiquement l’amour peut, au contraire, le déconstruire, dévoiler ses aspects illusoires. Quelle est la nature de l’illusion amoureuse dont nous ont fait prendre conscience les moralistes, les naturalistes et les féministes ? Elle s’exprime à travers quelques idées de base : l’amour est plus important que tout ; l’être aimé est irremplaçable ; on peut aimer sans raison ; l’amour est au-delà du bien et du mal ; l’amour ne se commande pas ; l’amour qui ne dure pas n’est pas un amour véritable.

Pour les moralistes les plus cyniques, ce sont des idées fausses, des produits de la vanité humaine, laquelle, hélas, n’est pas près de disparaître. Pour les naturalistes, ces illusions amoureuses sont des ruses de la nature qui favorisent le désir de se reproduire, de coopérer quelques années au moins pour protéger les tout jeunes enfants. En attendant l’utérus artificiel et les crèches pour tous dès la naissance, nous continuerons d’en être victimes. Pour les féministes, les illusions amoureuses sont les effets dans nos esprits d’une idéologie (le prince charmant qui va nous sauver, le bonheur de lui plaire et de le servir, etc.) qui contribue à l’assujettissement de la femme.

Ces trois explications sont plausibles. Le scepticisme qui en résulte est parfaitement légitime. La chanson populaire sait très bien l’exprimer. Je pense en particulier aux paroles de ­Pipeau, interprétées par Brigitte Fontaine : « L’amour c’est du ­pipeau / c’est bon pour les gogos. » Ou encore cette version hilarante de Carmen, réécrite par ­Stromae : « L’amour est comme l’oiseau de Twitter / On est bleu de lui seulement pour 48 heures, (...) Prends garde à toi / Et à tous ceux qui vous like. » Depuis quelque temps, ce scepticisme est complètement passé de mode chez les philosophes. D’Alain Badiou (Éloge de l’amour, 2009) à Luc Ferry (La Révolution de l’amour, 2010) en passant par Alain Finkielkraut (Et si l’amour durait, 2011), ils sont nombreux à avoir retrouvé les vertus de l’amour et se concurrencent pour le glorifier. Pourquoi ?

Ce que ces philosophes veulent exprimer, à travers l’éloge de l’amour, c’est, je crois, leur rejet de l’individualisme moderne. Cette forme d’individualisme aurait imposé le règne du consommateur compulsif, égoïste, dépolitisé, inconstant, « zappeur », affairé à la satisfaction de ses désirs les plus immédiats, les plus bassement matériels, dans la visée exclusive du plus grand plaisir personnel. Elle aurait contribué à la destruction du lien social, à l’anéantissement du souci pour autrui, à l’affaiblissement général de la volonté de vivre ensemble et à la disparition progressive du respect pour l’art et la pensée dans leurs formes les plus exigeantes.

Ce diagnostic est partagé par les antimodernes les plus grincheux, par les nostalgiques d’un idéal social où le collectif aurait la priorité sur l’individu et son égoïsme supposé, et par les critiques les plus virulents du « règne de la marchandise ». Pour eux, cet état (supposé) du monde est déplorable et doit être corrigé d’urgence. Il faut retrouver ce qui peut faire « lien » avec les autres, revaloriser les mouvements de l’âme « désintéressés », renforcer ce qui pourrait remettre dans le cœur des citoyens le goût des belles choses, de la constance, de la durée, de la fidélité, de la communauté. De tous ces points de vue, l’amour semble être un remède idéal.

Kant et les citrons pressés
Ceux qui partagent ces idées rejoignent un autre courant de la chanson populaire, aussi vintage qu’eux, celui d’Édith Piaf. Dans La Goualante du pauvre Jean, elle veut nous persuader que « Sans amour, on n’est rien du tout. » Ce discours édifiant n’est pas indéfendable mais il a pour moi deux défauts principaux (et beaucoup d’autres secondaires) :

1. L’éloge philosophique de l’amour voudrait nous faire croire qu’il n’existe qu’une seule façon vraie de le concevoir. La littérature s’est souvent moquée de cette idée. Dans son recueil de nouvelles Parlez-moi d’amour, l’écrivain américain Raymond Carver met en scène, assez ironiquement, une femme subissant la violence de l’homme qu’elle aime et qui l’aime en retour, d’après ce qu’elle dit. À un ami scandalisé qui refuse de voir de l’amour dans cette relation sado-masochiste sur les bords, elle répond : « Dis ce que tu veux, moi je sais que c’est de l’amour. » De toute façon, l’ambition de trouver une définition claire de l’amour qui pourrait faire l’unanimité est vaine à mon avis. Certains philosophes affirment qu’aimer, c’est vouloir le bien de l’aimé, ou chercher à tout prix sa présence. Mais le dramaturge britannique Somerset Maugham a cruellement montré dans ­Servitude ­humaine qu’on pouvait aimer quelqu’un sans vouloir son bien (par jalousie, possessivité, etc.) ou aimer quelqu’un sans chercher sa présence (qu’on peut juger glauque, ennuyeuse ou étouffante).

2. L’éloge philosophique de l’amour sert aussi à critiquer la liberté sexuelle. C’est une vieille idée qui se trouvait déjà chez Platon et que Kant a modifiée. Pour Kant, toutes les relations sexuelles hors mariage sont jugées animales, inhumaines, dégradantes. Pourquoi ? Quelles que soient les conditions dans lesquelles elle est pratiquée, la sexualité transformerait les partenaires en objets, en simples moyens de satisfaire des appétits, « en citrons qu’on jette après les avoir pressés » ou en « rôti de porc qu’on mange pour apaiser sa faim » selon les images de Kant (plus compétent en cuisine qu’en sexe, semble-t-il). C’est pourquoi elle porterait atteinte à la « dignité » de la personne humaine.

L’amour comme obstacle
Kant propose cependant une issue à sa façon de voir les choses. Certes, le sexe est immoral par nature. Mais il peut devenir moral s’il est encadré par une union légale dans le mariage monogame indissoluble en vue de la procréation, c’est-à-dire dans un contrat légal qui donne un accès mutuel au corps de l’autre sans aucune asymétrie ou limitation de durée. Cette idée puritaine s’est répandue puis profondément transformée. Il en existe désormais une version psychologique non ­moraliste.

Que dit-elle ? Il faut préférer le sexe avec amour au sexe pour le sexe, le sexe sans amour, car l’amour rend les relations sexuelles plus heureuses, plus gratifiantes, plus satisfaisantes psychologiquement et physiquement. C’est pourquoi, au-delà de tout moralisme, le sexe avec amour est bon et le sexe sans amour mauvais. Mais cette ­hypothèse manque de soutien empirique. Il existe en effet des raisons de penser que l’amour est un obstacle plus qu’une contribution à une relation sexuelle réussie. Quand l’amour s’en mêle, le désir sexuel perdrait de son évidence et de sa simplicité. L’amour pourrait même contribuer à inhiber le désir sexuel.

Les humoristes le font souvent remarquer : le meilleur sexe, c’est le sexe pour le sexe, le sexe sans amour. Woody Allen est un spécialiste d’aphorismes sur ce thème. Certains font désormais partie de la sagesse populaire : « Le sexe sans amour est une ­expérience vide. Oui, mais parmi les expériences vides, c’est l’une des meilleures. » Ce thème est récurrent dans les films de Judd Apatow, qui cultive, dans les affaires d’amour et de sexe, un mauvais goût hilarant (bien rendu dans les titres français : 40 ans, toujours puceau ; En cloque, mode d’emploi, etc.). Lena Dunham filme dans le même esprit cru et drolatique. Dans sa série Girls, elle dépeint sans fausse pudeur les relations entre Hannah (qu’elle incarne) et Adam, une sorte d’étalon particulièrement doué (et doté !). L’amour ne semble vraiment pas être leur préoccupation principale (dans la première saison au moins), ce qui ne les empêche pas d’avoir des relations sexuelles fantastiques. En réalité, l’argument psychologique disant que le sexe avec amour est plus gratifiant que le sexe sans amour n’est pas vraiment fondé. Il est donc nécessaire d’envisager une autre hypothèse pour expliquer l’hégémonie de l’idée que les relations sexuelles sans amour sont dégradantes ou défectueuses. Celle que je propose est politique.

les « sexualités négociées »
L’éloge de l’amour est devenu une expression de la pensée conservatrice qui sévit désormais à droite comme à gauche. La vision conservatrice de l’amour nous empêche de penser qu’il est parfaitement concevable d’aimer en dehors de tout asservissement à l’idée du couple fidèle, obstiné, durable, éternel, etc. Elle nous interdit d’envisager la possibilité que l’amour pourrait prendre des formes peut-être plus éphémères mais aussi plus collectives, plus légères, moins mélodramatiques qu’aujourd’hui. La vision conservatrice oublie que l’idée d’amour a une histoire – à la manière de l’amour romantique qui fut, en son temps, une authentique invention – et que cette histoire a pris et prendra des formes nouvelles et inattendues.

Si nous adoptons cette vision ouverte, rien ne nous interdira de considérer comme des conceptions de l’amour parfaitement légitimes le dépassement complet du couple dans le polyamour (cette pratique qui part du principe qu’on peut aimer plusieurs personnes en même temps avec la même intensité), la remise en cause de la domination de l’amour hétérosexuel par la quête ­bisexuelle, le no sex ou le célibat assumé, la généralisation des contrats sexuels (relations sado­masochistes, prostitution, etc.), ainsi que le développement de nouveaux modes d’accès au « marché sexuel » via les sites de rencontre sur Internet.


Les sociologues appellent ces nouvelles pratiques des « sexualités négociées ». On peut les défendre comme des formes d’amour au même titre que l’amour entre parents et enfants. Cet « amour modèle » continue d’être chanté par les plus contemporains. On avait Charles ­Aznavour et sa Mamma. On a désormais la version rap de Sexion d’Assaut dans J’ai pas les loves : « Je voudrais sortir la daronne de son HLM pourrave / Plus voir la petite sœur charbonner chez H & M : courage / Mettre à l’abri mon entourage juste le temps de l’orage. »

Finalement, la question qui se pose, à travers ces débats sans fin, est celle de savoir si l’idée de l’amour peut être désacralisée, ­débarrassée de l’exigence d’éternité, devenir physique, éphémère, démocratique. Je ne vois pas pourquoi ce serait impossible. C’est exactement ce qui arrivé à l’idée du bonheur. On ne pense plus aujourd’hui qu’il est irréductible au plaisir, que seule une élite de sages peut en jouir et qu’il doit viser l’éternité pour être authentique.

lundi 2 février 2015

SCRIPTS SEXUELS ...

John H. Gagnon est l'un des maîtres actuels de la recherche sur la sexualité. On lui doit notamment d'avoir, bien avant Michel Foucault, démontré que la sexualité est une construction sociale : c'est la célèbre théorie des scripts de la sexualité qui, cependant, reste encore peu connue en France.

Sommes nous libre dans nos fantasmes et nos sexualités ? NON : 

Prenez une superbe femme, remplie de désir

Un hétéro, une lesbienne, ne sauraient que se réjouir de passer un moment en sa compagnie… Et pourtant. Si une femme, inconnue, se présente nue en frappant à votre porte, si elle réclame du sexe, il y a de fortes chances que vous appeliez la police. Pourquoi ?

Il existe depuis les années 70 une théorie relativement peu connue du grand public en France : la théorie des scripts sexuels. Elle repose sur l’idée que la sexualité ne relève pas d’un besoin physique «naturel», ni «instinctif», inscrit en nous à la naissance. Elaborée par deux sociologues américains – John Gagnon et William Simon – cette théorie repose sur un constat simple : il y a plein de situations qui désamorcent la sexualité. En d’autres termes : c’est la situation qui excite (ou pas). Un exemple ? «Prenez un homme ordinaire de la classe moyenne […] et envoyez-le en voyage d’affaires, ou pour raisons professionnelles, dans un grand hôtel relativement anonyme. En retournant à l’hôtel le soir, il ouvre sa porte et là, dans la pénombre du couloir, il distingue une femme extrêmement séduisante et presque nue. On peut tout à fait penser que l’excitation sexuelle ne va pas être sa première réaction. Une petite minorité d’hommes – ceux qui sont un peu plus paranoïaques que les autres – vont tout d’abord chercher à identifier les signes de la présence de l’avocat de leur femme ou d’un détective privé. La majorité d’entre eux optera tout simplement pour une retraite embarrassée et précipitée. Même de retour dans le couloir et voulant vérifier le numéro de sa chambre, notre homme n’aura pas de réaction sexuelle. Il retournera plus probablement à la réception pour élucider le problème et utilisera le téléphone, qui est affectivement neutre. Dans cette situation, il manque un script efficace qui autoriserait cet homme à définir cette femme comme acteur érotique potentiel (le simple fait qu’elle soit séduisante ou presque nue n’est pas suffisant en soi) et la situation comme potentiellement sexuelle».

Il ne suffit pas d’avoir des organes génitaux pour avoir envie

Ce texte est de John Gagnon. On lui doit d’avoir, bien avant Michel Foucault, remis en question l’idée selon laquelle la sexualité relèverait d’un besoin physique, voire biologique. Cette idée, héritée de Freud et Kinsey, établit que nos désirs sont inscrits en nous de naissance et nous programment pour assurer la survie de l’espèce. Gagnon s’étonne : si c’était vrai, nous devrions être capables de bander ou de mouiller pour n’importe quel partenaire sexuel potentiel. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? L’explication la plus courante veut que l’humain soit une boule de pulsions à l’état naturel mais qu’à l’état civilisé, il ait appris à se contrôler. En d’autres termes : si la société existe c’est pour canaliser notre instinct sexuel. De nos jours encore, cette explication est défendue aussi bien par le courant psychanalytique hérité de Freud que par le courant behavioriste hérité de Kinsey. Ces deux courants partagent l’image prédominante d’un «instinct sexuel considéré comme une exigence biologique fondamentale qui s’exprime de manière autonome et qui doit être contrôlé par la matrice culturelle et sociale». 

Cette vision de la sexualité ne colle pas avec les faits, remarque Gagnon. Dans la réalité, l’excitation est psychique, non pas physiologique. Faire l’amour, ce n’est pas «comme si l’on frottait deux bâtons pour faire du feu.» Il ne suffit de produire un peu de chaleur corporelle pour que l’orgasme se produise. Dans les faits, énormément d’actes en apparence érotiques ne le sont pas : «la palpation des seins dans le dépistage du cancer, l’examen gynécologique, l’insertion d’un tampon dans le vagin, le bouche-à-bouche lors d’une opération de secourisme.» Lorsqu’un homme exhibe son pénis en surgissant d’une porte cochère, vous avez peur, vous n’êtes pas excité(e)s. Dans les faits, un indien des plaines n’est pas excité par les mêmes choses qu’un pèlerin huguenot. Un Japonais n’est pas excité par les mêmes choses qu’un Africain. Il ne suffit pas d’avoir des organes génitaux pour avoir envie. Ni d’en voir, ni d’en toucher, ni de se faire toucher. Pourquoi ? Parce que, pour devenir sexuelle, une situation doit correspondre à ce que Gagnon et Simon appellent un «script», c’est-à-dire un scénario conforme à ce que vous avez appris à considérer comme excitant. Il faut aussi que votre partenaire partage cette vision des choses, d’ailleurs. Ceux et celles qui fantasment sur le fait d’être une «salope», trouvent rarement excitant d’être au lit avec quelqu’un qui les méprise et les insulte au premier degré.
Pour être sexuelle, une situation doit correspondre à quelque chose que vous avez appris à considérer comme sexuelle, continue Gagnon. Par exemple : si vous avez appris que l’anus d’un homme (un «vrai») est intouchable, il y a peu de chances qu’un doigt dans le cul vous excite. Mais si vous avez appris qu’il y a un point G dans l’anus, et pour peu que vous ayez fait l’expérience de cette caresse, vous serez très excité qu’on vous la propose. Les scripts se construisent d’ailleurs toujours à plusieurs niveaux. Au niveau social, familial, il s’agit de scénarios qu’on vous apprend à considérer comme l’ordre des choses : «Quand tu auras 13-15 ans, tu tomberas peut-être amoureuse, vous prévient votre mère. A ce moment-là, le garçon voudra t’embrasser…». Le script social c’est l’ensemble des actes prescrits ou interdits que les enfants, en grandissant, apprennent à interpréter comme des choses excitantes : on leur dit que le baiser doit se faire avec la langue (ce qui, a priori, est plutôt dégoûtant), qu’il faut d’abord un rendez-vous avant le passage à l’acte et d’abord des préliminaires avant la pénétration… Dans la société contemporaine, un certain nombre d’attitudes, de postures, de conduites sont présentées comme ayant une valeur sexuelle et c’est pourquoi, afin de se rendre excitant(e)s, les femmes portent des talons aiguilles et les hommes des symboles pouvoir qui, dans d’autres cultures, sont regardés avec étonnement… Autres cultures dans lesquelles prolifèrent des signaux sexuels que nous sommes incapables de «voir», à moins d’être initiés.

Le script, le scénario il faut le construire

Mais les scripts ne sont pas que sociaux. Ils se construisent aussi au niveau individuel. Chaque personne apprend à se construire avec et contre la norme ambiante, par confrontation de ses scénarios personnels avec ceux que sa communauté d’appartenance lui prescrit et ceux que ses partenaires veulent lui faire partager. Chaque rencontre offre l’occasion de découvrir des scripts différents, avec lesquels «arranger» les siens. «On observe une lutte permanente entre les groupes et les individus pour faire valoir leurs propres scénarios», raconte Gagnon, qui analyse l’évolution des sociétés comme une forme de lutte permanente entre ce que le système dominant (la famille, l’école, la religion, la culture, la loi, l’armée, les entreprises, etc.), désigne comme «bonne sexualité» et ce que nous trouvons, nous personnellement, excitant. Toute la dynamique sociale s’enroule autour de cette lutte permanente, grâce à laquelle on se construit, ajoute Gagnon qui définit la sexualité comme le moteur de notre évolution personnelle et collective. Avec lui, le désir n’est plus cette pulsion bestiale contre laquelle nous devons nous battre, mais au contraire cette graine que la civilisation place en nous afin de nous aider à devenir plus adulte, plus autonome, plus apte à jouir de la vie et à donner du sens à nos existences. Avec la théorie des scripts (1), «plus que l’expression culturellement censurée d’un instinct, le désir apparaît comme le mouvement vers un possible».

Les scripts de la sexualité. Essais sur les origines culturelles du désir, de John Gagnon. Traduction : Marie-Hélène Bourcier. Préface d’Alain Giami. Editions Payot.
A lire : «Les constructions sociales de la sexualité», de Michel Bozon et Henri Leridon. In: Population, 48e année, n°5, 1993 pp. 1173-1195.
«Présentation de l’article de John Gagnon», de Michel Bozon et Alain Giami. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 128, juin 1999. Sur la Sexualité. pp. 68-72.
(1) La formule finale est extraite du texte co-signé par Bozon et Giami.

vendredi 30 janvier 2015

RELIGION ? NON

Secret de fontaine est LAÏQUE ! 



La femme que je suis, profondément attachée aux valeurs républicaines, fervente gardienne de la laïcité, psychologue légitimement préoccupée du respect du rythme de chacun, se pose des questions sur la notion de tolérance. Je me pose la question de la légitimité à regarder s’éteindre des consciences au profit d’une certaine idée de Dieu, édictée il y a quatorze siècles par des scribes adroits, n’ayant jamais rencontré ni Jésus, ni Mahomet, encore moins Moïse, Adam, Eve ou la pauvre Lilith.
Et tout à coup, je n’ai plus envie du tout d’être indulgente avec les religions, avec la religion en général, ses textes, ses idéologies, ses dogmes. Je n’ai plus envie d’être complaisante parce que j’estime que la religion insulte l’intelligence humaine en considérant, dans tous ses textes, la femme comme une entité définitivement inférieure. Les textes religieux sont les seuls écrits ségrégationnistes qui sont encore admis au nom de la liberté absolue de conscience.

Confusions entre imaginaire et réel

La religion est une caricature insultante pour les femmes qui n’amène, par ses paraboles, ni à réfléchir ni à rire, mais incite au contraire à y attacher une réalité. C’est l’humain qui est calomnié et jusqu’à l’idée symbolique de Dieu. Si nous considérons les textes religieux comme la toute première trace symbolique formant les premières règles pour «vivre ensemble», nous pouvons penser qu’ils portent une part de «sacré» pour l’humanité. De même que les mythologies antiques.
Au-delà des symboles, il n’est pas satisfaisant, au XXIe siècle, de tolérer sans rien y faire, ces confusions entre imaginaire et réel qui rendent le monde malade. Car cela démontre, après les Lumières, et les immenses découvertes scientifiques, la crise de discernement de notre siècle, son incapacité à s’adapter, et son déni de responsabilité. Cette humanité-là est bien malade de quelque chose, d’une crise d’estime de soi, d’une peur de grandir. Gardons-nous de juger mais analysons, travaillons depuis ces textes pour que l’entrée «paix et lien» ne serve plus jamais de prétexte au versant «mépris et violences».
Des femmes vivent tous les jours, au nom de la religion, des barbaries terrifiantes. Alors, j’ai envie de dire à cet auditoire : «Ton Dieu n’existe pas !». Je sais que la pilule est difficile à avaler et je sais aussi votre drame : le paradis perdu, il n’y a rien de pire ! Mais examinez ce qui vous survivra : l’amour, l’empathie, l’éducation transmise, l’aptitude au bonheur, un peu de vos gènes, pas mal de plaisir, du sens, une œuvre… Cette régression, cette dévotion au religieux, démontrent une cruelle angoisse de perte de pouvoir… masculin. Phallocrate. Sans Dieu, l’homme viril qui a abandonné l’éducation des jeunes aux mains des femmes, n’a plus de pouvoir sur le monde. Alors, il récupère l’idée de Dieu pour maîtriser la femme, jouir d’elle et l’établir en servitude volontaire. Et tout, dans les textes, est fait pour parvenir à ce but ultime.

«Religion» signifie «relier»

Je préfère opposer la virilité à la féminité sans cliver des personnes en catégories de genre. Bien des femmes ont une agressivité virile et de plus en plus d’hommes sont porteurs d’adoucissement du monde, de lien égalitaire aux autres, de soins, de toutes ces qualités attribuées à la féminité. La féminité, si elle s’invente un Dieu, ce sera pour compenser une carence d’amour. La virilité, c’est pour se donner l’illusion de la puissance. Mais «religion», ça signifie «relier».
La seule «religion» valable, c’est l’idée d’une relation apaisée, c’est la tolérance mutuelle, c’est l’idée d’une concorde, d’un respect absolu de l’autre, de ses différences et de son environnement, d’un devenir possible ensemble qui dépassera nos particularismes sans les abolir. Le reste n’est que rapport de force, dominateur, exploiteur, de jouissance, d’instrumentalisation, qui devrait être révolu.
Le seul Dieu valable, c’est le hasard. C’est surtout la puissance de la raison humaine. C’est la façon dont cette raison se déploiera pour améliorer le vivre ensemble et mettre toute l’humanité en lien acceptable. La féminité, c’est le seul Dieu valable.

mardi 27 janvier 2015

CENSURE FACEBOOK

Chères Amies , (ici le féminin pluriel l'emporte) ... Il était une page facebook  Secret de fontaine ... Une expression vivante de mon travail depuis plus de 3 ans , réunissant 1330 personnes qui appréciaient mon univers , mes valeurs , mes indignations , mes interrogations , et mes admirations  ... Juste de la sensualité , de la féminité dans tous ses sens , un zeste de provoque , de l'art en corps et des clins d'oeil ... 
La page a été supprimé suite à plusieurs dénonciations pour pornographie sur des photos de Lucien Clergue , ces nues zébrés. 
Des centaines de partages et de commentaires , des milliers de "j'aime" (oui de jolis buzz parfois à plus de 10 000 vues) à refaire ... 
Rien de grave ! 
Quelques images sont là , comme pour laisser une trace :





Nous avons tous un gland alors si vous n'aimez pas les zobs mettez-y un joli clito dans une vulve réjouie ! (ah si je savais dessiner) ... OUI ! Secret de fontaine bande pour CHARLIE émoticône heart pour cette liberté de penser et d'agir oeuvrant modestement à aider les femmes dans leur épanouissement ... Faisons nous du bien émoticône wink 
(?pas de signature à ce dessin)
Secret de fontaine est profondément OBSCURANTOPHOBE 












Lucien Clergue en corps et paysage , bon voyage ...




























Je veux être ton fantasme… Qui jamais ne passe !
Ta friandise… En guise de surprise !
Ta proie… avec ou sans trépas !
Et pourquoi pas ta folie… Sans elle tu ne jouis !
Ta faiblesse… Douce comme une caresse !
Je me ferai ton calice… Y assouvir tes vices !
T’accueillerai sans fin… Au creux de mes reins !
En en attendant je reste là… Tête au creux de mes bras !
Pour toi… Je n’existe même pas !
Mye (une amie)


Mannequin au naturel ... American Apparel ose les poils dans ses vitrines de New York ... Est ce le début de la fin d'un dictat ? 
http://www.huffingtonpost.fr/
2014/01/17/poils-pubiens-mode-american-apparel_n_4615347.html#slide=3332533



" Toute une série de religions et de sociétés culpabilisent le plaisir et diabolisent le corps; et les femmes (et leur sexe) sont généralement considérées comme encore plus impures et plus sales que les hommes. Il est donc plus difficile pour elles d'être profondément bien dans leur peau, au point que certaines femmes ont véritablement honte de leur sexe :
Elles ne le regardent jamais et ne le touchent jamais, sauf, éventuellement pour y mettre un tampon.
Elles n'ont donc de contact avec leur sexe que par l'intermédiaire de leur petit ami, et sont donc sexuellement dépendantes de lui.
Cette dépendance est une conséquence, (comme la dépendance financière ou physique par exemple) d'une répartition cloisonnée, inégale et aberrante des rôles inculqués aux hommes et aux femmes dès la petite enfance. On apprend explicitement et implicitement aux enfants "ce que doit être une femme" et "ce que doit être une homme", les faisant grandir dans l'une ou l'autre direction selon leur sexe. Cette différenciation est si culturellement intégrée qu'elle parait naturelle, mais elle ne l'est pas, elle a été apprise et peut donc se désapprendre…
L’égalité des sexes est loin d’être acquise et pour y accéder, il faut, entre autres, que les femmes se réapproprient leur corps, jusqu’ici soumis au patriarcat.
Femmes de tous les horizons, libérons-nous !"

Bravo Léa , une femme Secret de fontaine ... émoticône wink
http://leanarchie.over-blog.net/page
s/Feminisme-945756.html








































L'atout sein , 
 quelle belle fête ... 


Nu d'Automne de Sylvie Auvray Comin ... pour nous souhaiter une belle saison au couleur de feu. Nos corps vont se couvrir davantage , s'emmailloter , sans s'oublier ... Bel automne 


Encore un peu en vacances ... profitons des derniers instants d'été sur nos corps nus , vent , eau , soleil ... La rentrée bientôt avec de jolis projets ...


Mer , Rivière , Lac , Piscine ... 
L'été n'est il pas la joie de l'eau ? 
Comme un retour à la source , le corps en apesanteur ... 


Superbe nue de Modigliani ... Indécente , touchante , intrigante , insolente , troublante , provocante , attirante ... ou tout simplement libre ...


... Pour dégager autant d'assurance et de confiance en elle ? et si c'était le Secret de fontaine ... émoticône wink
Bonne semaine Mesdames et n'oubliez pas de penser à Vous ... 



dimanche 25 janvier 2015

EXITÉE ? MOI, JAMAIS !

Lorsque je conseille à des clientes certaines lectures érotiques , par ce qu'elles me disent ne pas avoir de désirs de fantasme ou d'imaginations , il s'agit bien sure de les aider aussi à se mettre à l'écoute de leur corps durant ces lectures , d'observer quels mots vont provoquer des contractions vaginales , quelles images mentales vont les chauffer les humidifier ... ne plus être dans le déni dans l'interdiction dans la culpabilité ...


Les 400 culs d' 

Pourquoi les femmes à qui on montre des images de sexe affirment-elles que cela ne les excite pas alors que des appareils de mesure installés sur leur corps enregistrent un afflux sanguin brutal, accompagné d’un taux de sécrétion vaginale intense ? Leur culotte est trempée mais les femmes nient. Inconscience ? Mensonge ? Déni ?
On dit que les hommes sont des animaux et qu’ils aiment le sexe bestial. Les femmes, elles, seraient chaudes uniquement pour leur bien-aimé et les «gros câlins»… Vrai ? Faux ? Dans les années 2000, une psychologue américaine se met en tête d’enquêter. Elle s’appelle Meredith Chivers. Son père –colonel dans l’armée de l’air canadien– construit des cockpits pour les avions à réaction. Il transmet à sa fille l’amour des études empiriques. Petite, Meredith fabrique d’abord des labyrinthes pour ses hamsters puis un réfrigérateur miniature complet pour sa maison de poupée. Grande, elle étudie les neurosciences, la biophysique, la biochimie puis s’inscrit à un cours de sexualité durant lequel, un jour, l’enseignant projette des images en gros plan d’une vulve. Cris de dégoût dans l’amphithéâtre… essentiellement émis par les filles. 

Dans un livre consacré à cette étonnante chercheuse –Que veulent les femmes*– Daniel Bergner souligne que «les gros plans d’un pénis ne soulèveront pas la moindre vague de protestation chez les étudiants des deux sexes.» Meredith Chivers trouve cela injuste. Aussi injuste finalement que le stigmate qui frappe toutes les filles dites «libérées», assimilées à des femmes publiques, des traînées. Pourquoi seraient-elles des putes ? «Parce que leurs fantasmes sont des fantasmes d’hommes», affirment certaines pseudo-féministes. Il y aurait donc des fantasmes différents selon les sexes ? Meredith Chivers se dit qu’il y a là un mystère à résoudre. Alors, elle fabrique un engin baptisé pléthysmographe, «un petit appareil muni d’une ampoule et d’un capteur de lumière miniatures que l’on insère dans le vagin.»


LES FEMMES RÉAGISSENT À TOUT, ET ASSURENT NE RÉAGIR À RIEN

C’est un appareil destinée à mesurer le degré d’excitation des femmes (1). Il n’y a plus qu’à le tester. Meredith Chivers fait subir à ses cobayes la même expérience : des femmes «équipées» du pléthysmographe, confortablement assises dans un fauteuil, sont soumises à une série de films pornographiques ou documentaires sur un écran d’ordinateur : sodomie homosexuelle, coït hétéro, masturbation, nudité, lesbianisme (2)… Les résultats sont surprenants. Plus tard, Meredith Chivers invente un autre appareil à mesurer l’excitation des hommes et compare. Il s’avère que les hommes, pour leur majorité, réagissent physiologiquement à toutes les scènes qui correspondent à leurs goûts propres. Quand on leur demande quelles scènes les excitent, leurs réponses coïncident exactement avec ce que l’appareil a enregistré. Les femmes, en revanche… Non seulement tout les excite mais elles prétendent que rien ne les excite…

Pour le dire plus clairement : alors que les hommes bandent à la vision de leur activité de prédilection (et pas pour le reste), les femmes, elles, sont excitées de façon égale pour tous les stimuli, même lorsqu’il s’agit de vidéos montrant des singes bonobos qui copulent. Dans Le secret des femmes, Elisa Brune et Yves Ferroul s’étonnent : «Les femmes répondent même aux images de sexualité animale, alors que les hommes restent de marbre. Pourquoi les femmes mouillent-elles devant des bonobos qui forniquent ?». Plus curieux encore : alors que les femmes mouillent pour tout et pour n’importe quoi (dès lors que cela montre de la nudité, des caresses, de la masturbation ou des pénétrations), elles affirment toujours ne rien ressentir. Ou plutôt, elles affirment être davantage excitées par des images de porno soft, centrées sur la femme, c’est à dire par les scènes les plus «gentilles» du répertoire de films qu’on leur montre. En d’autres termes : ce qu’elles disent avec leur tête ne correspond pas à ce qu’elles disent avec leur vagin. Qu’en déduire ?

Meredith Chivers reste prudente lorsqu’il s’agit d’expliquer ces résultats. Ce serait idiot de dire que les femmes mentent. Mais si les femmes ne mentent pas, cela signifie-t-il qu’une femme peut réellement ignorer ce qu’il se passe dans son corps ? Serait-elle à ce point ignorante de ses émois ? Ou méprisante de son corps ? Ou conditionnée à nier l’évidence ?
Que veulent les femmes», de Daniel Bergner, éd. Hugo&cie (collection Hugo doc).

Note  : Ce livre est intéressant en ce qu’il retrace les recherches de Meredith (entre autres), mais l’auteur, journaliste pour le New York Times, part du principe que «l’homme est animal, que sa libido le pousse instinctivement vers la quête sexuelle» etc. Bien qu’il défende ces idées périmées, héritées du XIXe siècle, l’entreprise de Daniel Bergner mérite cependant d’être saluée : il affirme que la femme aussi est «animale», et appuie son propos sur les découvertes de la dernière décennie. Ces découvertes battent en brèche la théorie de la femme «programmée pour la monogamie» défendue par les tenants de la psychologie évolutionniste. Un pavé dans la mare, donc.

(1) Comment fonctionne-t-il ? «La fine ampoule transparente de 5 cm du pléthysmographe émet une impulsion lumineuse contre les parois vaginales et évalue son intensité en retour, permettant ainsi de mesurer l’affluxe sanguin dans le vagin. Un afflux sanguin déclenche ce que l’on nomme une transsudation vaginale, la sécrétion d’un lubrifiant par les pores de la muqueuse vaginale. Indirectement, donc, le pléthysmographe mesure l’intensité de ces sécrétions. » (Que veulent les femmes», de Daniel Bergner, éd. Hugo&cie)

(2) Chaque film dure 90 secondes. Entre chaque film,  les sujets sont soumis à une vidéo neutre pour ramener leur corps à la normale : il s’agit de «refroidir» celles qui auraient pu s’exciter à la vue d’un coït, d’un corps nu, d’une scène lesbienne, gay ou autre. Les vidéos sont extrêmement diverses : homme seul, femme seule, masturbation solitaire ou à deux, pénétration homosexuelle, hétérosexuelle, etc. Il y a aussi un film montrant des singes qui copulent.